Denis Colin

(Website)

‘’Toute œuvre d’art est l’enfant de son temps et, bien souvent, la mère de nos sentiments. Chaque époque d’une civilisation crée un art qui lui est propre et qu’on ne verra jamais renaître. Tenter de revivifier les principes d’art des siècles écoulés ne peut que conduire à la production d’œuvres mort-nées. De même qu’il est impossible de faire revivre en nous l’esprit et les façons de sentir des anciens Grecs, les efforts tentés pour appliquer leurs principes, – par exemple dans le domaine de la plastique, – n’aboutiront qu’à créer des formes semblables aux formes grecques. L’œuvre produite ainsi sera sans âme pour toujours.‘’
(V. Kandinsky ’’Du spirituel dans l’art’’)

Quel superbe et pourtant très humble plaidoyer pour la création artistique ! Humble et superbe parce que l’auteur, soumis à la nécessité, en tire une dynamique inépuisable.
Mon travail musical tend à la création. Sans illusion ni prétention ; je ne cherche pas à apparaître dans le dictionnaire, je ne veux que vivre la musique. Cela signifie que je mets en place des éléments musicaux : certains appartiennent à ma vie depuis toujours, d’autres depuis seulement ce matin. Ils peuvent aussi bien surgir dans le feu de l’action. Ce que je nomme ‘’éléments musicaux’’ recouvre un champ très large, objectif – un accord, un rythme, le son d’un instrument – ou bien subjectif – une perception, une sensation. Par exemple la joie ressentie en entendant Sydney Bechet vers 5 ou 6 ans, ou la terrible mélancolie à la même époque, à l’écoute de Django Reinhardt, tous deux gravés sur le même 33 tours « les 2 géants du jazz » ou un titre de ce genre.

Ce que j’éprouve à l’écoute de la musique aujourd’hui me permet de garder le contact avec le mélomane que j’ai toujours été et avec tous les mélomanes, musiciens ou non, le public.
L’étude de la musique, la compréhension de ses ressorts et mécanismes me passionnent. A l’heure de la composition ou de la conception, mon travail tend à réunir des éléments hétérogènes dans un processus d’unification. Je ne sais pas quelle musique je fais. J’aimerais produire une musique ‘’de l’âme’’, le signe de la bonne musique à mes yeux. Dans la vie, mon attention se porte alternativement vers l’intérieur ou vers l’extérieur. La musique me permet de vivre les deux champs simultanément. Une expérience spirituelle à vrai dire.

De l’arpentage en particuliers…

Nous devons l’association du mot « Arpenteur* » à notre musique à Sylvain Torikian, directeur du Théâtre Dunois (Paris XIIIème), qui avait programmé notre Trio en 1993 et introduit cette idée dans le texte de présentation de notre concert. Le terme fut aussitôt repris par Francis Marmande dans le titre même de son article paru le lendemain dans le quotidien Le Monde.

J’ai été frappé par le mélange de sens entre le substantif et le verbe en français :
. arpenteur : professionnel des techniques de mesure des surfaces et des relèvements de terrain ;
. arpenter : parcourir à grands pas (‘’fiévreusement, il arpentait, en réfléchissant, les greniers abandonnés’’ Alain Fournier).
Le terme s’est peu à peu inscrit en moi, et continue à stimuler mon imagination musicale. De l’arpentage musical, je me fais une idée généreuse, une marche insatiable, un travail d’équipe, même si parfois, le terrain artistique est sévère. Isolement, déséquilibre, égarement nous guettent. Mais nous en prenons la mesure, c’est inscrit dans la fonction même de l’arpentage !

Les Arpenteurs investissent les terrains les plus reculés du monde comme les plus visités, ils n’inventent probablement rien. Ils (se)trouvent. Ils (se)découvrent.

Denis COLIN

1975… Rencontre avec Alan Silva qui fonde l’IACP (76) dont j’assume la direction de 79 à 82. Premiers concerts avec son Celestrial Communication Orchestra en 77 puis enregistrement en 79.
1984… Début d’une longue collaboration avec la compagnie de théâtre de rue Tuchenn, qui m’amènera à concevoir huit musiques de spectacle.
1988… François Tusques me propose de jouer dans son trio. Série en cours.
1990… Enregistrement et publication de ‘CLARINETTE BASSE, SEUL’ (In Situ).
1991… Fondation du Denis Colin Trio avec Didier Petit et Pablo Cueco qui tourne sans discontinuer pendant 17 ans. Enregistrement de ‘’TROIS’’ (In Situ)
en ’92 , puis de ‘’IN SITU A BANLIEUES BLEUES’’ (Transes Européennes) en ‘94.
1995… Fondation des Arpenteurs. Camel Zekri et Bruno Girard se joignent au Trio.
1995… Première bande son pour la réalisatrice de films d’animation Florence
Miailhe (César en ‘02 pour ‘’Au premier dimanche d’aout’’, Mention Spéciale au festival de Cannes en ‘06 pour ‘’Conte de quartier’’). Long métrage en préparation.
1997… rencontre avec Jean Rochard lors du 3e album du trio ’’FLUIDE’’ (In Situ), aussi présent sur ‘’ETUDE DE TERRAIN’’(nato) en 1999 avec le quintet Les Arpenteurs.
1998… Commande de Radio France ‘’Dans les Cordes’’ qui me permet de fonder le Douze’ tet du même nom, qui deviendra un Nonet pendant une dizaine d’années.
2001… Rencontre avec des artistes de la scène de Minneapolis, qui se concrétise par la sortie de ‘’SOMETHING IN COMMON’’(Universal Jazz) en ’02.
2003… Premier concert en guest du Archie Shepp Quartet. Série en cours.
2006… Gwen Matthews qui figure sur ‘Something in Common’ poursuit l’aventure avec le trio sur ‘’SONGS FOR SWANS’’ (Hope Street – nato). Tournée intensive avec ce groupe pendant plus de deux ans.
2008… Mise en place de la Société des Arpenteurs

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Extrait du portrait par Karl Lippegaus | radio Deutschlandfunk, émission “Jazz Things” 01/2010:

Denis Colin wurde 1956 in einem Vorort von Paris geboren. Mit drei Jahren begann er, das Klavier im Elternhaus zu entdecken, mit acht Jahren bekommt er Musikunterricht. Mit 16 Jahren erlebt er im Kino den „Letzten Tango von Paris“ und beginnt am Konservatorium in Versailles ein Klarinettenstudium. Vor allem mag er Saxofonisten – allen voran Archie Shepp und John Coltrane. Er spürt, dass er mit der Bassklarinette ein noch weitgehend unerforschtes Gebiet erkunden kann. An der Universität von Vincennes studiert er zusätzlich noch Musikwissenschaft und erlebt live im Konzert den Jazzfuturisten Sun Ra mit seinem Orchester. Bis 1985 arbeitet er eng zusammen mit dem Free-Jazz-Bassisten und Pädagogen Alan Silva. Nach seinem Studium wird er selbst Lehrer für improvisierte Musik an Silvas Schule IACP in Paris von 1979-82. In New York begegnet er Cecil Taylor und Jimmy Lyons. Colin gründet in Paris die Gruppe Texture, spielt in der Bigband von Luc Le Masne, gründet das neunköpfige Ensemble „Dans les Cordes“, 1995 das Quintett „Les Arpenteurs“ und neuerdings La Société des Arpenteurs. Colin schreibt Musik fürs Theater, Kino und Ballett.

Denis Colin begreift seine Arbeit als work-in-progress und provoziert seit jeher für seine Spielarten des Jazz permanente, oft radikale Mutationen. Doch stets tönt durch diese musikalische Landvermessung die unverwechselbare Stimme der Bassklarinette: für sie erfand der in Paris lebende Künstler mit seinem neuen Album „Subject to Change“ ein faszinierendes Ambiente

Denis Colins neue Gruppe ist ein Tentett: die Societé des Arpenteurs, die Gesellschaft der Landvermesser. 2007 hat er ein Jahr lang zahlreiche Konzerte in Paris besucht und dabei eine sehr reichhaltige musikalische Szene entdeckt. 2008 organisierte Colin mit der neuen Formation elf Konzerte; daraus ergab sich die Musik des Albums „Subject to Change“. “Diese Platte ist ein Infragestellen von Gewissheiten für mich. Die ganze Musik auf „Subject to Change“ reflektiert das”, sagt Denis Colin.

Das Wort Gesellschaft im Gruppennamen spielt auf die flexible Besetzung an: vom Trio bis zum Tentett. Die Musik befindet sich in einer ständigen Bewegung. „Subject to Change“ ist Colins Plädoyer für die konstante Veränderung, den Wandel, die Verwandlung. Mit einer gesunden Skepsis, was Rezepte, abgesicherte Formeln und klare Definitionen betrifft.

Der erste Eindruck beim Hören der Platte ist der einer ‚musique tribale pour milieu urbain’ haften: pulsierende Rhythmen und ein subtiles Geflecht vieler Instrumentalstimmen.

Dazu sagt Denis Colin:

" Ich habe verschiedene Helden in der Musik in meinem Leben. Die wechseln immer mit den Jahren und Umständen. Ich wähle sie nicht – sie drängen sich mir auf. Einer ist im Moment – es tut mir leid, wenn es so banal klingt – ist Miles Davis, was die Produktion betrifft. (…)

Warum Held? Dieser aussergewöhnliche Musiker hat die Intelligenz in der Musik am weitesten getrieben, indem er zwischen dem Studio und der Bühne klar unterschieden hat. „So What“ in der historischen Aufnahme auf „Kind of Blue“ und „So What“ ein paar Jahre später mit Wayne Shorter in diesem Club in Chicago (1965, im ‚Plugged Nickel’) hat nichts miteinander zu tun, obwohl es immer noch das selbe Stück ist.

(…) Dann hörte ich sehr ausführlich die unlängst erschienen kompletten Aufnahmen zu „On the Corner“. Und das war ein bisschen mein Leitfaden, bevor wir mit meiner Gruppe ins Studio gingen. Hier erlebt man in der Tat einen ‚tribu urbain’, der sich im Studio versammelt hat.

Ich hing sehr an meinem Projekt und wollte es ‚zum Kochen’ bringen, es sollte sogar fast ein bisschen überlaufen. Wenn man genau hinhört, merkt man, da gibt es ein paar Töne, die nicht so ganz korrekt gespielt sind, aber das geschah zugunsten der Vitalität, der Präsenz bei dieser Studiosession. Das war sozusagen die Hauptachse bei dieser Arbeit."

Albums

Subject to Live

Label: Chant du Monde
Distribution en France: Harmonia Mundi
Date de sortie en France: 08 Septembre 2011

Denis Colin a su réunir de bonnes pointures dans cette Société Des Arpenteurs : Benjamin Moussay au Fender Rhodes (redoutable pour ciseler le décor sonore), Julien Omé et ses nappes de guitare sous acide, une formidable section de cuivres… La rythmique est puissante, dense et entêtante ; cohésion de l’ensemble, plaisir évident du partage, la Société puise dans le groove de la « great black music » et nous propose des compositions qui soufflent un vent diablement entraînant sur le jazz français. Ça improvise, ça rebondit, ça dialogue… D’un style à l’autre, on sent la musique de Denis Colin portée par de vraies mélodies et une belle unité orchestrale. Un projet fédérateur dont on retrouve sur cet album en concert toute l’énergie et l’exubérance.

Denis Colin - Subject to Live

Subject To Change

Label: Chant du Monde
Distribution en France: Harmonia Mundi
Date de sortie en France: 08 Octobre 2009

Le clarinettiste-basse que nous avions quitté avec sa formation acoustique (clarinette, violoncelle, zarb) et la chanteuse de Minneapolis Gwen Matthews, change de sujet. Entouré d’une dizaine de musiciens de la scène bouillonnante parisienne, il invite sur ce nouveau projet “Subject to Change” Tony Malaby, le sax ténor au son gourmand.
La Société des Arpenteurs présente à la rentrée deux facettes de sa musique. En version réduite ‘jazzcore’ le 21 octobre au Sunside et en version ‘grand format’ le 23 octobre au Café de la Danse (Une douzaine de musiciens conviés dont Tony Malaby). Des dates en festival suivent, avant les BIS de Nantes en janvier!
Les compositions de la Société naviguent au gré d’influences qui nous touchent tous, mélomanes de ce XXIe siècle qui se veut total et global. Du funk façon ‘’moelleux’’ à des pièces parfois plus graves, de titres souvent envoûtants, qui auraient volontiers fricoté avec les musiques de transe à des mélodies inouïes à la Satie.

Denis Colin - Subject To Change

Clarinette Basse seul

Label: In Situ
Date de sortie en France: 01 Janvier 1990

Denis Colin - Clarinette Basse seul