Lionel Belmondo

La musique a toujours été présente chez les Belmondo. Dans le petit village de Souliès-Toucas, au pied des coteaux varois, le père de ces parrains du jazz français, Yvan, ancien saxophoniste de métier et directeur de l’école de musique locale, a inculqué à ses deux garçons terribles le sens de l’exigence et le goût pour toutes les formes de musique.
Lionel Belmondo a le sens opiniâtre de l’initiative dans une région où le jazz n’est pas très représenté : en 1979, il crée le big band de l’armée de l’air pendant son service militaire ; en 1982, il accède à 19 ans à la direction de l’école de Musique du Centre Var ; en 1985, il monte le big band départemental du Var avec l’appui de son père ; en 1986, il crée le premier festival de jazz d’Hyères, sur la Côte d’Azur.

Après l’installation de Stéphane à Paris, les voyages vers la capitale se font avec le temps plus rapprochés. Lionel se produit régulièrement dans les clubs, notamment au Bilboquet, avec son frère qu’il retrouve dans le quintet de Pierre Boussaguet auquel participe aussi le jeune Jacky Terrasson.

En 1990, Lionel marche dans les pas de son cadet et décide de se fixer lui aussi à Paris où il rejoint à son tour les rangs du big band du compositeur Michel Legrand qui le fait participer à de plusieurs séances d’enregistrement de bandes-son. L’année suivante, le saxophoniste est engagé par Eric Le Lann dans un quintette qui comprend aussi Jean-Michel Pilc et Richard Bona, à l’orée de leur carrière.

En 1993, les frères décident de se retrouver pour former un quintet sous leur nom auquel Lionel décide de se consacrer exclusivement. Le groupe enregistre cette année-là son premier album ; Lionel s’y fait entendre au soprano, un saxophone qu’il vient d’adopter.

L’année suivante, Lionel et Stéphane rejoignent tous deux le groupe de la chanteuse Dee Dee Bridgewater qui a entrepris de rendre hommage à l’un des Pères du hard bop, le légendaire pianiste Horace Silver.
Dans le même temps, leur quintet réalise son second album, « For All Friends », paru sur le label hollandais Challenge. A la fin de l’année 1994, l’Académie du jazz leur décerne le prix Django Reinhardt qui récompense le musicien français de l’année.

Après une année de tournée internationale aux côtés de Dee Dee Bridgewater qui le mène jusqu’aux scènes illustres du festival de Newport et du Carnegie Hall de New York, Lionel Belmondo renoue avec l’enseignement en devenant professeur au Conservatoire Nadia et Lili Boulanger à Paris.

À partir de 1997, Lionel assume ensuite la direction pédagogique de l’IACP, une école de musique à destination de futurs musiciens professionnels qui ont choisi le jazz. Il en remodèle les pratiques et l’équipe de professeurs, attaché à la transmission orale du jazz et à sa pratique au contact de ceux qui font vivre cette musique. Son expérience, sa connaissance rigoureuse, sa volonté sans faille, son sens de la transmission, son investissement sans borne, font merveille dans l’enceinte de cette école qui en quelques années aura contribué à donner à une génération d’apprentis jazzmen des bases inébranlables pour se lancer dans une carrière de musicien professionnels.

Parallèlement à ses activités pédagogiques, Lionel Belmondo a formé le groupe Sax Generations, un ensemble comprenant douze saxophones sans grand équivalent dans l’histoire du jazz, participé au septet du trompettiste Jean-Loup Longnon, et contribué à animer le big band de l’arrangeur Christophe Dal Sasso avec lequel il s’est produit au Festival de Marciac, interprétant notamment une orchestration monumentale de « A Love Supreme », le chef d’œuvre de John Coltrane.

Enfin, devenu une figure respectée de la communauté des musiciens, Lionel Belmondo est sollicité par le luthier Henri Selmer pour contribuer à la mise au point d’une nouvelle gamme de saxophones (lancée en mars 2000), qui, sous le nom « Référence », est destinée à rivaliser avec les instruments de haute facture d’autrefois comme les recherchés Balanced Action et Mark VI.

En 2003, Lionel Belmondo décide d’abandonner l’enseignement pour se consacrer à de nouvelles aventures. : passionné par répertoire français à la charnière du 19e et du 20e siècle , Lionel va se mettre à l’écriture et l’arrangement. C’est ainsi que va naitre l’« Hymne au Soleil », un programme autour d’œuvres de compositeurs tels que Lili Boulanger et Maurice Duruflé, arrangées pour un ensemble de onze musiciens où se côtoient jazzmen et instrumentistes venus de grandes formations classiques.
En 2009, Lionel prolonge son entreprise de dépassement des clivages entre jazz et classique et de mise en lumière du répertoire français du 20e siècle : il orchestre et arrange des œuvres de Gabriel Fauré, Erik Satie, Michel Grailler, Arnold Schoenberg, Louis Vierne ainsi que des titres de Bill Evans et Michel Petrucciani. Cet enregistrement paraît en 2011 sous le titre Clair Obscur.
Le 27 Octobre 2011 Lionel Belmondo publie un autre album avec l’ensemble Hymne au Soleil : « Des Clairières dans le Ciel ». Cette fois il est associé aux 52 chanteurs du prestigieux Choeur National de Lettonie, reconnu mondialement pour la qualité de ses interprétations en matière de musique vocale.

Inlassable activiste d’un jazz enfin mature, désormais engagé dans le développement de B-Flat Recordings qu’il a créé avec son frère, Lionel Belmondo déborde d’un appétit musical qui le voit s’investir avec enthousiasme et détermination dans d’ambitieux projets.
Qu’il soit le nez dans les partitions un crayon à la main, sur le devant de la scène à diriger l’orchestre de l’« Hymne au Soleil », dans un total abandon au ténor avec le Belmondo Quintet, en train d’encourager d’anciens élèves ou d’échafauder le prochain album luxueux de son label, il donne l’image d’un homme heureux tout entier au service de sa muse : la musique.

(adaptation de la biographie de Vincent Bessières)