Natalia M King

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Photo : Siegmar Gebele

Elle arrive de nulle part. Ou plutôt des Etats-Unis où cette africaine-américaine d’origine dominicaine a grandi à l’ombre de la grande ville, du côté de Brooklyn. Elle en a gardé des traces au bout de ses doigts, ses riffs de guitare pas tout à fait propres et polis, guère conformes aux académies du jazz et d’ailleurs. Qu’importe, elle a de l’esprit, cela s’entend à chacune de ses notes, au moindre de ses mots, entre les lignes. Elle a tout autant des lettres.

A ses dix-sept printemps, l’adolescente est partie à Rochester étudier l’histoire du Moyen Âge, avec pour sujet de synthèse John de Salsbury, un humaniste. En attendant, ce n’est pas ce qui nourrit son homme. Du coup, ce bout de femme prend son bâton de pèlerin, et traverse les Etats-Unis en long, en large, du Nord au Sud. De travaux à la chaîne aux bonnes œuvres pour les enfants en difficultés, chauffeuse de taxi ou livreuse de pizzas, rien ne l’arrête. Le grand Canyon, l’Oregon, Seattle, l’Alaska, et Los Angeles où elle pose son balluchon plus de cinq ans. Le temps de se décider à se consacrer pour de bon à la musique. La musique, elle y a déjà goûté plus jeune, sur les bancs du collège, en chorale, et dans un groupe branché Living Colour.

Elle s’y remet en 1993. Mademoiselle chante le blues, gratte sur sa Fender Télécaster à l’instinct. Et ça lui va plutôt bien. Elle compose et écrit ses textes, histoire de donner son point de vue, avec les Mojo Monks, un trio blues rauque psyché.

Jusqu’en 1997, où elle décide de tenter l’aventure du disque, toute seule, comme une grande. Elle publie " As I Am ", déclaration d’intentions auto-produites en home studio. Mais en Californie, l’horizon lui semble bouché, dur d’oreilles. Du coup, elle revend tout, s’achète une guitare acoustique et un billet d’avion. Direction la France, terre promise pour vivre de sa musique, " terre d’accueil pour les Noirs-Américains ". Du mythe à la réalité, le pas est franchi. C’est aussi sur cette terre d’exil qu’elle espère " rencontrer des musiciens du monde entier ". L’heure de gloire sait sonner à qui sait attendre, à qui veut bien l’entendre.

Mais voilà, Natalia M. King a croisé sur sa route des oreilles grandes ouvertes, prêtes à l’écouter. Un soir, à la Flèche d’or, comme par hasard, comme par magie, une femme d’images tend l’oreille et le charme opère. Du coup, Canal + réalise un sujet et l’histoire s’emballe.

La voilà bientôt propulsée au zénith de la chanson, à l’Olympia, en première partie de Diana Krall. Et là encore, sa force de conviction, ses accents pointus de guitare frappent les esprits.

Deux dates plus tard, la petite inconnue entrouvre la porte qui mène aux studios d’enregistrement. Sans avoir forcer, sans se presser, juste dans le temps d’un concours de circonstances, d’une suite de rencontres. Pour celle qui croit au destin, le dessein était tout tracé. C’est au début 2000 qu’elle grave ses premières maquettes, simples bouts d’essai qui achèvent de convaincre ceux qui croient en elle. Que de chemins parcourus depuis ses premiers pas en France, en juin 1998.

Tout s’enchaîne comme par miracle pour la new-yorkaise. La chanteuse latino enregistre son premier album ‘Milagro’ en 2002, mélange de blues et de rock, et fait immédiatement sensation dans l’hexagone. L’année suivante parait ‘Fury and sound’, acclamé par la critique. Son art puise tour à tour dans l’héritage du blues, jazz, country et soul. Son troisième opus, ‘Flesh is speaking’ sorti en 2005 est très abouti. Un album brut d’où se dégage une belle énergie, pour lequel Natalia M. King n’hésite pas à ouvrir son coeur, telle une confession.

Albums

FuryandSound

Label: Universal Jazz - 067 917-2
Distribution en France: Universal Jazz
Date de sortie en France: 17 Mars 2003

Après une centaine de concerts en Europe et aux Etats-Unis, Natalia retourne en studio durant l’été 2002 pour enregistrer Fury And Sound.
Nouvelle équipe : Pierre Crosnier (guitare) et David Granier (batterie). Nouveau format instrumental – le quartet – avec l’intégration du violoncelle de Solange Minali-Bella dont le timbre soyeux et enrobant apporte une ampleur et une rondeur supplémentaires au son d’ensemble.
Dix nouvelles chansons aux textes resserrés et limpides, mi-tendres, mi-désespérés. Dix titres à l’orientation plus rock que ceux de Milagro, plus arrangés et saillants aussi, qui s’enchaînent sans coupure comme pour une longue suite charnelle et entêtante où les moments de tension succèdent aux plages de recueillement, l’acidité à la douceur, la violence contenue aux vagabondages mélancoliques.

Natalia M King - FuryandSound

Milagro

Label: Universal Jazz - 548 187 2
Distribution en France: Universal Jazz
Date de sortie en France: 01 Janvier 2001

Dans ” Milagro ”, il est question de Miracle, comme son titre l’indique, mais aussi de sa vie, de ses expériences tout terrain, de ses joies, de ses coups de blues aussi… C’est à la lecture de son parcours que raisonne ce premier album en trio. L’âme nomade de Natalia M. King invite à quelques ballades pas toujours tranquilles, sur des tempos qui s’emballent, sur fond d’airs frais.
“Milagro” est soutenu par une voix exceptionnelle, et deux musiciens français : Pierre Fruchard à la guitare, et Etienne Bonhomme à la batterie.

Natalia M King - Milagro