Oldman
(Website)
Charles-Eric Charrier était une moitié du duo MAN. Charles-Eric et son partenaire Rasim Biyikli ont enregistré ensemble trois albums et travaillé pour des musiques de film, des peintres, des chorégraphes et accomplit de nombreuses tournées. Charles-Eric écrit et enregistre également en solo sous le nom de OLDMAN. Il a collaboré avec des artistes et musiciens tels que Mathias Delplanque (LENA), Rob Mazurek, Abraxax, The CLOGS, Orange Blossom, Teamforest, Le COQ…
Sur le marché du disque, Olman ne pèse pas des millions d’unités mais un poids assez exceptionnel de créativité. Car ne n’est pas un album que sort cette infatigable tête chercheuse, mais… huit, quasi simultanément ! Six CD ou vinyles, sur trois labels différents (un français, un américain et un grec), et deux projets numériques, via un label mexicain, téléchargeables gratuitement ! Stakhanovisme ? Besoin vital, plutôt, d’explorer les musiques qui germinent en lui comme autant d’illuminations et de les faire « émerger d’un endroit » qu’il dit ne pas maîtriser. « Plus ça va, moins j’ai envie de maîtrise », ajoute d’ailleurs Oldman dont la démarche a plus d’un point commun avec celle des surréalistes qui avaient élevé l’écriture automatique au rang des beaux-arts.
Pas facile de cataloguer les méditations musicales du monsieur qui, de toute façon, balaie les étiquettes : « Je n’en ai vraiment rien à faire. Je me situe dans la musique, c’est tout. Ce qui m’intéresse, c’est que chacun de ceux qui m’écoutent s’approprient ce qu’ils entendent, comme ils l’entendent. Je n’ai pas envie d’imposer quoi que ce soit. » En guise de poteau indicateur, on retiendra quand même le qualificatif de post-rock contemplatif avancé par un critique du Web. Ce qui délimite un peu, à défaut de le cerner, le paysage où évolue Oldman le bassiste, guitariste quand il le faut, mais aussi alchimiste ès-samples et vocaliste à l’occasion. Un explorateur de la marge qui crée indifféremment seul ou en compagnie de complices, le plus souvent à partir d’une idée sur laquelle il ou ils (en trio ou en quatuor) brodent.
Albums
Son, Father and son
Label: Arbouse Recordings
Date de sortie en France: 01 Décembre 2008
Projet de Charles Eric Charrier (ex Man). “Charles Eric Charrier est moins musicien nantais qu’un artiste sans frontières. Que l’on parle de géographie ou de registre musical. Avec Rasim Biyikyli, autre multi instrumentiste éclairé, ils ont mené pendant une décade le duo MAN portés par “le désir de faire une musique pas forcément pour plaire mais pour exprimer ce que l’on ressentait”. Ces autodidactes ont multiplié les aventures musicales et ont accouché de trois albums. Aujourd’hui guidé par une “envie d’aller vers des choses beaucoup plus personnelles”, Charles Eric reprend sa route en solo et relance les dés en quittant le statut de l’intermittence par “choix autant que par contrainte”, sous le nom d’Oldman. Pas pour l’idée d’une forme de maturité post-MAN mais ce nom “vient d’un rêve avec un vieil homme”, dont on ne saura rien. A l’écoute de son nouveau disque (il a enregistré 12 ou 13 disques en un an) on est frappé par le côté dual de sa musique, couvrant des registres très variés, tout en conservant une belle cohérence. On sent cette musique poussée par une démarche instinctive (même s’il est devenu plus “savant” qu’à l’époque de Man, Oldman garde des vertus de l’autodidacte : le feeling) et l’envie de retranscrire des sentiments intimes, mettant à nu sa vie psychique et filiale.”
tiré de l’article de Lionel Delamotte pour Pulsomatic
Two heads Bis Bis
Label: Low Impedance Recordings
Distribution en France: Internet
Depuis qu’il a décidé de poursuivre sa route seul, Charles-Eric Charrier, ex-Man, ne s’arrête plus. Comme une question de survie. Menant plusieurs projets en même temps, il a une soif de composer qui ne s’est jamais démentie. Il suffit de parler un peu avec lui pour voir que le bonhomme sait exactement ce qu’il veut et que sa musique est loin d’être du débitage sonore au kilomètre. Exigeant à tout point de vue, il ne saurait y avoir d’à-peu-près dans son oeuvre. Et comme un disque de Oldman ne ressemble jamais au précédent, c’est comme si on le découvrait à chaque fois mais toujours avec cette impression qu’il pousse encore plus loin ses expérimentations, mettant la barre un peu plus haut. A ce titre Two Heads Bis Bis pousse encore l’aventure sonore d’Oldman sur une terra incognita dont lui seul a les clés. Du moins, les portes ne sont jamais fermées à double tour chez Oldman et il laisse toujours une large place à une libre interprétation de sa musique. C’est pourquoi Two Heads Bis Bis ne peut être compris dans une seule et même logique. On navigue alors entre urbanité, mysticisme, africanisme, où la lumière rencontre le très sombre, sans que cela ne choque outre mesure. Si, de prime abord, tout semble se présenter comme un projet n’ayant aucune ligne directrice précise, on se rend compte que Two Heads Bis Bis possède une unité, les idées s’imbriquant les unes dans les autres avec limpidité. Aussi âpre que lumineux, ce disque est une véritable aventure sonore qui joue de subtilités et explore méthodiquement les possibilités des instruments utilisés. Epris d’une certaine nonchalance, Two Heads Bis Bis n’est pas pour autant un album paresseux. Tout simplement, Oldman ne se précipite pas mais s’implique avec précision comme une mécanique humaine qui s’installe dans des musiques obliques, sondant les bas-fonds en les faisant éclater au grand jour. En aucun cas Oldman ne fait de la musique nombriliste. Il décortique les sons et nous les offre sur un plateau mais en prenant soin de faire aller l’auditeur au-delà d’une écoute polie. Two Heads Bis Bis se vit de l’intérieur et si ce disque peut être qualifié de cérébral, c’est tout à son honneur. Pour autant il serait incongru de mettre Charles-Eric Charrier dans une petite case. Réfractaire à l’immobilisme musical, il est une révolution permanente à lui tout seul. A chaque fois on se dit qu’il est à son meilleur niveau mais il arrive à muter et dépasser ses anciennes expériences. On ne sait d’ailleurs pas où il s’arrêtera et jusqu’où il est capable d’aller. C’est pour cela que la suite programmée de Two Heads Bis Bis est un mystère. Et c’est pour cette raison qu’il est passionnant.
Par Fabien (Liabilitywebzine)