Omar Sosa

(Website)

C’est aux dernières heures du siècle dernier, à la toute fin des années 90, qu’on a soudain vu surgir de nulle part un jeune musicien cubain parfaitement inconnu au talent éblouissant et au charisme aussi immédiat qu’irrésistible. Longue silhouette d’échassier toute en souplesse musculeuse et énergie contrôlée, visage émacié empreint d’une grande sérénité, petite barbiche méphistophélique et fines tresses africaines – Omar Sosa, totalement à contre-courant de la vague revival latino mais par ailleurs parfaitement étranger aux facilités idiomatiques d’un latin jazz crispé dans ses poncifs, se révéla en quelques disques novateurs aux fulgurances incendiaires non seulement comme un pianiste d’exception aux harmonies raffinées et au style savamment percussif mais comme le concepteur inspiré d’orchestres hybrides et expérimentaux véhiculant une musique paradoxale, à la fois ultra-sophistiquée et comme perpétuellement en friche, parfaitement avant-gardiste à force de syncrétismes hardis sans jamais cesser pour autant de sonner avec le " naturel " et l’évidence d’une expression authentiquement populaire.
Aujourd’hui, si Omar Sosa s’impose non seulement comme le grand réformateur de la musique afro-caribéenne contemporaine, mais au-delà, comme l’un des musiciens les plus emblématiques de ce vaste mouvement de métissage qui bouleverse de fond en comble le paysage culturel mondial, c’est que sa musique visionnaire met en scène de façon particulièrement subtile et cohérente, en un art du collage proprement hallucinant, une conception du monde à la fois composite et syncrétique qui sur bien des points a déjà commencé d’être le nôtre. Et son univers lyrique et kaléidoscopique, résolument baroque, foncièrement créole, qui réconcilie avec grâce l’esprit et le corps, l’intemporel et l’ultra-contemporain, l’espace mythique des Orichas et le monde des hommes pourrait très bien se révéler au delà de ses séductions immédiates comme l’une des utopies musicales les plus précieuses de notre temps – le laboratoire enchanté d’un monde à la fois pluriel et égalitaire, réellement ouvert à la différence. Rien ne prédisposait pourtant le jeune Omar à excéder avec autant d’éclat les limites de son île. Né à Cuba, à Camagüey, le 10 avril 1965, dans une famille de la petite bourgeoisie locale (son père est professeur d’histoire et de philosophie et sa mère, télé-opératrice) Omar commence à étudier la musique à l’âge de huit ans au conservatoire municipal. Il s’initie notamment aux percussions (et plus précisément encore aux marimbas) et, après avoir brillamment obtenus ses diplômes, décide de poursuivre son apprentissage suivant le cursus ordinaire : Ecole Nationale de Musique de La Havane et enfin Institut Supérieur d’Art de La Havane. Parcours sans faute. Là il approfondit son étude des percussions dans une perspective toute classique et suit en parallèle une formation très académique de composition, d’harmonie, d’instrumentation, qui lui assure aujourd’hui des bases solides en matière d’écriture, ainsi qu’une bonne connaissance globale du vocabulaire et de la syntaxe de la musique occidentale au cours des siècles.
Fort de cette assise théorique, Omar s’intéresse alors au piano, et en fait très vite son instrument de prédilection. Même s’il ne l’étudie pas dans un cadre officiel, l’instrument le fascine pour son aspect à la fois orchestral et percussif. Il s’y consacre alors en priorité, mais son approche totalement autodidacte restera à jamais influencée par sa pratique des percussions. C’est ce style personnel, d’une grande audace rythmique, qui aujourd’hui fait sa singularité.
Omar commence alors à jouer dans des contextes très variés. Il faut dire que ses goûts sont on ne peut plus éclectiques. Totalement imprégné de culture cubaine depuis son enfance (depuis Irakere ou Paquito De Riveira en passant par Orquesta Aragon, Benny More, Chucho Valdes jusqu’aux groupes locaux les plus obscurs…), Omar, l’oreille collée à une toute petite radio sur laquelle il parvient parfois à capter des émissions venues des Etats-Unis, découvre dans une sorte d’exaltation liée à la transgression d’un interdit, le jazz, la pop, le funk… C’est l’époque également où des musiciens qui avaient émigré aux USA commencent à rentrer à Cuba en rapportant des cassettes, des disques d’autres formes de musique. Le pays s’entrouvre sur l’extérieur – Omar profite de ce courant d’air frais.
Pourtant, dés ce moment, ce qui fascine vraiment le jeune pianiste, au-delà des modes, c’est le jazz. Il pressent que cette musique basée sur la spontanéité et l’improvisation est une philosophie de vie, une école de la liberté. Il se procure les disques des grands pianistes (Oscar Peterson, Herbie Hancock, Chick Corea, Keith Jarrett) mais s’imprègne également des harmonies bop de Charlie Parker, des mélopées spiritualistes de John Coltrane et surtout découvre Thelonious Monk dont le style abrupt et dissonant devient sa référence. Il comprend alors que d’une manière ou d’une autre le jazz sera l’un des idiomes majeurs de sa musique à venir.
A la fin des années 80, riche de tous ces apports, Omar commence de travailler comme directeur musical auprès de chanteurs pop cubains (Vicente Feliu et Xiomara Laugart), puis en 1993 émigre en Equateur, à Quito, pour un voyage qui s’avérera décisif. Là, dans une petite enclave située sur la côte ouest du pays, il découvre une expression musicale folklorique originale, fortement attachée à ses racines africaines et commence de concevoir de façon précise une musique puissamment syncrétique qui saurait cristalliser toute la diversité d’expressions générée par la diasopra africaine. Il comprend que le swing, la danse, le rapport au corps, à la sensualité sont autant de qualités essentielles que l’on retrouve dans le jazz, les musiques portoricaine, caribéennes, cubaine, toutes ces expressions qui, au-delà de leurs différences stylistiques nés de métissages culturels toujours singuliers, ont toutes une origine commune : l’Afrique confisquée des esclaves.
Dès lors Omar a trouvé sa voie. Il crée un premier groupe d’inspiration " jazz fusion ", Entrenoz, passe quelque temps en Espagne, à Palma de Majorque puis émigre fin 95 à San Francisco où il ne tarde pas à se faire un nom au sein d’une scène latine où son jeu explosif et ses conceptions avant-gardistes détonnent et séduisent.
Quelques mois après son arrivée, en 1996, il fait paraître son premier disque US sur la marque Ota Records, un enregistrement de piano solo intitulé Omar, Omar, suivi dans la foulée en 1997 par l’extraordinaire Free Roots, premier opus programmatique de ce qui s’avérera une trilogie majeure de la world music de cette fin de siècle (Free Roots, Spirits of the Roots (1998) et Bembon (2000)). Là, explose pour la première fois l’extraordinaire exubérance baroque d’une musique authentiquement futuriste progressant par accumulation, prolifération, répétitions. Des grooves rythmiques afro-cubains lancinants se métamorphosent soudain en pulsations urbaines complexes à la manière M’Base de Steve Coleman ; des traditions orales multiples s’enchevêtrent et se superposent, du slam (tchache hybride entre rap et poésie) aux mélopées yoruba ; des arrangements de cuivres épicés réinventent le latin jazz moribond… Sosa ose tout et d’un coup trouve son style. Le résultat est éblouissant d’inventivité.
Passant dès lors son temps entre l’Europe et les USA où sa musique rencontre soudain un vif intérêt, Sosa multiplie les projets dans les formats les plus variés : il enregistre en duo avec le percussionniste John Santos (Njumbe) ; fait paraître en 1999 un second disque solo intitulé Inside, magnifique dérive contemplative et impressionniste, mais surtout continue ses expérimentations orchestrales ne cessant de confronter son univers aux traditions musicales du monde entier. Avec Prietos (2001) et surtout Sentir (2002), deux œuvres majeures, le pianiste ouvre alors son univers aux rythmes et fragrances du monde arabe. Avec un grand raffinement d’écriture, Sosa y fait s’entrechoquer les cultures (musiques gnawa, cubaine, jazz, traditions occidentales…), entremêle les langues (Arabe, Anglais, Portugais, Espagnol, Yoruba), marrie les traditions instrumentales (gembri, balafon, oud, djembe) et signe un authentique petit chef-d’œuvre d’intelligence musicale, récompensé un peu partout dans le monde par les plus hautes distinctions.

Aujourd’hui c’est un fait : Omar Sosa est sur tous les fronts. Mais qu’il se produise en duo avec le percussionniste vénézuélien Gustavo Ovalles (Ayaguna), avec le Français Mino Cinelu, ou bien encore relève le défi de sa première œuvre symphonique, vaste pièce de 45 minutes intitulée From Our Mother, combinant des motifs folkloriques de Cuba, du Venezuela et d’Equateur avec des harmonies spécifiquement jazz, le pianiste et compositeur semble bien décidé à ne pas profiter de cette soudaine renommée pour se reposer mollement sur ses acquis. Bien au contraire même, si l’on en croit ce nouveau disque, Mulatos, où sous la houlette du producteur Steve Argüelles, Omar Sosa lâche le contrôle et se laisse voluptueusement embarquer dans un univers high-tech ultra-raffiné et subtilement teinté d’électro, laissant pour un temps de côté les folles exubérances de ses hybridations formelles. Changement de cap ? En apparence seulement. Car sous le poli d’une production extraordinaire de contrôle et de précision, c’est bien toujours la même volonté de se confronter à l’autre sous toutes ses formes qui sous-tend le projet de cette œuvre atypique. Et ce disque, tout autant que les précédents, peut légitimement se reconnaître dans la définition que Sosa donne lui-même de son travail : " Ce n’est pas une fusion superficielle d’éléments hétérogènes qui rendrait compte de la diversité de la musique actuelle ; c’est l’intuition que toutes ces traditions ont fondamentalement à voir les unes avec les autres et qu’il est temps de les faire se réconcilier, de les faire chanter de la même voix… " On ne saurait mieux dire la profonde générosité de cette musique de fraternité.

Stéphane Ollivier, août 2004

Albums

Transparent Water

Label: World Village
Distribution en France: Harmonia Mundi
Date de sortie en France: 24 Février 2017

C’est un nouveau Tama(voyage) spirituel de Omar Sosa. Le pianiste Cubain sort un nouvel album avec Seckou Keita, chanteur et maitre de Kora Sénégalais.
Son nouvel album «Transparent Water» est un exemple novateur de la quête perpétuelle d’Omar Sosa vers de nouvelles orientations musicales. Engagé dans une conversation musicale chaleureuse et captivante, les treize morceaux révèlent l’esprit des cinq continents en fusionnant tous les rythmes du monde avec son mysticisme cubain.

Omar Sosa - Transparent Water

Eggun

Label: jazz village
Distribution en France: Harmonia Mundi
Date de sortie en France: 12 Février 2013

L’album “Eggun” d’Omar Sosa est le fruit d’une création commandée en 2009 par le Barcelona Jazz Festival. Sosa devait composer et jouer une œuvre hommage au classique « Kind of Blue » de Miles Davis, à l’occasion du 50e anniversaire de son enregistrement. Le résultat dépasse toutes les attentes. Sosa s’inspire des motifs et éléments musicaux présents dans « Kind of Blue », et écrit une pièce qui honore son esprit de liberté. La musique voyage à travers le jazz et la musique électronique mais au cœur de l’enregistrement demeure l’esprit de la mère Afrique.

Omar Sosa - Eggun

Calma

Label: Otá Records
Distribution en France: World Village / Harmonia Mundi
Date de sortie en France: 17 Mars 2011

Calma est le cinquième album solo du pianiste Omar Sosa. C’est une œuvre artistique singulière empreinte de l’approche unique et original de l’artiste. Le CD comprend 13 improvisations, mélangeant des éléments stylistiques de jazz, de musique classique, de musique ambient, et d’électro. Comme le titre l’indique, l’album est sous le signe de la sérénité et de l’introspection, sans aucune intention d’impressionner par la technique. Les morceaux qui composent Calma sont une combinaison peu commune de piano acoustique, de Fender Rhodes et d’effets électroniques. Tous ces instruments ont été enregistrés ensemble en studio, où l’artiste a composé en temps réel avec les nombreux éléments sonores. La sensibilité harmonique peu orthodoxe d’Omar est évidente dans Calma, où de surprenantes tournures harmoniques et sonorités se mélangent et se retrouvent, empruntant des chemins imprévisibles. L’utilisation subtile d’éléments électroniques apporte une richesse sonore et une profondeur aux différents titres du disque.

Omar Sosa - Calma

Ceremony

Label: OTA Records / World Village
Distribution en France: Harmonia Mundi
Date de sortie en France: 25 Février 2010

Omar Sosa, grand pianiste et compositeur cubain présente ici son premier travail avec une formation Big Band – et non le moindre, celui de la radio NDR Allemagne, qui a enregistré avec Chet Baker, Paquito d’Rivera, Wayne Shorter, Al Jarreau et d’autres grands du jazz. Les arrangements sont du violoncelliste et compositeur brésilien Jaques Morelenbaum, ami et collaborateur d’artistes majeurs brésiliens comme Antonio Carlos Jobim, Caetano Veloso, Gilberto Gil, Gal Costa …L’album a été enregistré sous leur double direction grâce à Stefan Gerdes, producteur à la radio NDR de Hambourg, qui a fait le lien entre Sosa et Morelenbaum.
Le groupe d’Omar Sosa est représenté par ses compatriotes Julio Barreto et Marcos Ilukán aux percussions, et par Childo Toas, qui vient du Mozambique, à la basse électrique. En plus du piano, Omar Sosa joue du marimba.
Invoquant une pléiade de divinités Yoruba, Ceremony emprunte le caractère sacré des cérémonies batá, tout en plongeant dans le « son », le « danzón » et le « cha-cha-cha » cubains. Symbolisant l’héritage et l’évolution spirituelle d’Omar Sosa, l’album traduit aussi sa vénération pour Elegba, gardien des esprits, medium tout puissant et maître des destinées.
Il présente de brillantes relectures de titres d’Omar Sosa, extraits de ses albums Spirit Of The Roots (1999), Bembón (2000) et Afreecanos (2008).

Omar Sosa - Ceremony

Across The Divide

Label: Half Note Records
Date de sortie en France: 20 Mai 2009

Multi-instrumentiste d’origine cubaine, pourvoyeur d’un jazz à caractère, Omar Sosa est un des musiciens les plus prolifiques de sa génération. Il a publié une quinzaine d’albums depuis la fin des années 90 qui lui ont valu la reconnaissance de ses pairs et du grand public. Enregistré dans les conditions du live à New York avec une brochette de musiciens comme lui seul sait les choisir (Childo Tomas à la basse, Marque Gilmore à la batterie, Leandro Saint-Hill au saxo et Roman Diaz aux percussions), la collaboration entre l’Américain Tim Eriksen, grand connaisseur de la musique « roots » américaine au chant et Omar Sosa, qui met en exergue l’aspect tribal et chaleureux des compositions souvent basées sur le rythme et la transe, brasse tous ces genres que les deux musiciens affectionnent.
(Source chronique Fnac)

Omar Sosa - Across The Divide

Afreecanos

Label: Ota Records - OTA 1019
Distribution en France: Harmonia Mundi
Date de sortie en France: 21 Février 2008

“Afreecanos est un hymne à l’Afrique”, dit Omar. “Il continue le chemin vers les racines, cherchant des parallèles entre les différentes traditions, incluant Cuba, le Brésil, le Maroc, la Guinée, le Mali et le Mozambique. Ce travail exprime l’idée que nous sommes tous des enfants de la même mère, et même si nos sons viennent de différents endroits, nous sommes proches dans l’essence, la conception et l’origine. Grâce à cela, il n’a pas été difficile de réunir tous les artistes qui ont apporté leur contribution avec leur propres langages musicaux…manifestations de la grande et vivante Afrique.”

Puisant dans ses racines afro-cubaines, Omar allie ses propres talents artistiques avec des éléments d’Afrique et des Amériques, produisant un langage jazz complètement contemporain qui crée le mélange et rend hommage aux voix diverses et variées présentes ici.

Omar Sosa - Afreecanos

Promise

Label: NDR
Date de sortie en France: 01 Janvier 2007

Omar Sosa - Promise

Live à FIP

Label: World Village
Date de sortie en France: 01 Janvier 2005

Omar Sosa - Live à FIP

Mulatos

Label: Ota Records - OTA 1014
Distribution en France: Night & Day
Date de sortie en France: 25 Octobre 2004

Comment s’inscrire dans une tradition musicale tout en s’ouvrant sur le monde? Comment être un artiste moderne sans se couper de ses racines ? Omar Sosa recherche des nouvelles sonorités à partir d’une musique qui est la sienne tout en faisant partie de la culture Afro-cubaine. MULATOS est une description juste de cette approche : un métissage de musiques cubaines qui danse, animé par des rythmiques inspirées par les tablas indiens, la batterie jazzy, et les mixages en studio. L’écoute des voix du luth arabe, du oud, qui est un ancêtre du tres cubain, ainsi que des mélodies européennes de clarinette qui lui rappellent Paquito D’Rivera et le répertoire des grands maîtres cubains ; la manière unique d’Omar Sosa d’imaginer comment tout ceci peut cohabiter et de sauter le pas vers l’enregistrement , voilà ce qui fait de lui un musicien moderne – un artiste inventif et courageux. L’album met en valeur Dhafer Youssef (oud), Steve Argüelles (batterie, électronique), Dieter Ilg (basse), Philippe Foch (tabla) et Renaud Pion (clarinette). Paquito D’Riveira se joint au projet comme invité spécial à la clarinette sur 3 compositions.

Omar Sosa - Mulatos

Concerts