Vijay Iyer

(Website)

“Désormais il ne saurait y avoir de doute : le pianiste et compositeur Vijay Iyer figure parmi les artistes de jazz les plus audacieux et les plus originaux de la génération des moins de quarante ans”, écrit Howard Reich dans le Chicago Tribune. Né aux États-Unis, fils d’immigrés indiens, Vijay Iyer (prononcer “Vidjé Ailleurs”) est un musicien autodidacte dont la créativité s’enracine dans les formes jazz et populaires d’Amérique tout en puisant dans un large éventail de traditions occidentales ou non. Le Village Voice le qualifie de “pianiste et compositeur le plus impressionnant apparu ces dernières années” et le New Yorker voit en lui “un des pianistes les plus importants du moment […] incroyablement talentueux.”

La production discographique de Vijay Iyer sous tous ses aspects ne peut se résumer en quelques mots. En effet, sa musique s’est aventurée dans de multiples directions – et avec quel succès critique! On en oublierait presque qu’une seule et même personne en est à l’origine. Aujourd’hui paraît Historicity, un premier album en trio avec lequel il fait son entrée sur le label ACT et qui comprend une ahurissante série de reprises portant la marque de son style si particulier. Au cours des dix dernières années son quartet a exploité “l’interzone imaginaire, magique et trouble, où la musique de la diaspora indo-asiatique rencontre la tradition du jazz occidental […] et en instaure la continuation, d’un côté comme de l’autre” (All Music Guide). Cette formation propose “ce que le jazz d’aujourd’hui a de plus frais, de plus passionnant” (National Public Radio) via quatre disques unanimement acclamés : Panoptic Modes (2001), Blood Sutra (2003), Reimagining (2005) et Tragicomic (2008), qui ont tous récolté de vibrants éloges dans le monde entier. Mais parallèlement à ce travail il faut noter plusieurs collaborations radicalement différentes, tout aussi capitales et novatrices. Tout d’abord, In What Language? (2004) et Still Life with Commentator (2007), deux brûlots ambitieux élaborés avec le poète-performer Mike Ladd et qui, sur le plan stylistique, mangent à tous les râteliers (“constamment imaginatif et lourd de sens”- JazzTimes). À l’autre extrémité du spectre, Your Life Flashes (2002), Simulated Progress (2005) et Door (2008) restituent les innovations du collectif expérimental Fieldwork (“phénoménal […] stupéfiant, un vrai défi davant-garde” – All Music Guide). Last but not least, mentionnons Raw Materials (2006), «un des grandes collaborations de l’histoire du jazz” (Chicago Tribune), le duo formé par Iyer avec le saxophoniste Rudresh Mahanthappa. Tous ces albums – qu’il s’agisse de solos ou de collaborations – ont été inclus par une dizaine de grands médias dans leurs sélections de l’année, la liste comprenant aussi bien JazzTimes, Jazzwise, Jazzman, Downbeat et The Wire, ArtForum, la National Public Radio,The Utne Reader, le New Yorker ou le Village Voice.

Mais si ses enregistrements ont marqué le monde du jazz, l’œuvre de Vijay Iyer s’étend bien au-delà. Par exemple, il a récemment signé un remix sur la réédition de OK, de Talvin Singh, réédité à l’occasion du dixième anniversaire de sa sortie; pour cet album, le pionnier de l’electronica indo-britannique avait, on s’en souvient, remporté un Mercury Award; Iyer a d’autre part donné une série de ponctuations musicales à la télévision sportive ESPN. À propos de sa suite pour quintet intitulée Far From Over, une commande du Chicago Jazz Festival en 2008 et qui y a été créée devant 30 000 personnes, le Chicago Tribune a pu dire qu’on assistait “à l’histoire de la musique en train de s’écrire”, parler de “chef-dœuvre en puissance”, d’œuvre “incandescente, unique et pleine de théâtralité et de […] composition épique et bouleversante. Une pièce pour orchestre, Interventions, commandée par l’American Composers Orchestra et interprétée en mars 2007 sous la direction de Dennis Russell Davies s’est attiré les louanges du New York Times, qui l’a trouvée “retentissante et pleine d’éclats”, et du “Philadelphia City Paper” pour “son envergure et sa dramaturgie ainsi que son intrépide notion de paysage sonore”. Parmi les autres œuvres de Vijay Iyer, notons encore Mutations I-X (2005), une commande du quatuor à cordes Ethel, les Three Episodes for Wind Quintet (1999) écrits pour l’ensemble Imani Winds, la “ravissante” (Variety) partition du spectacle théâtre/danse intitulé Betrothed (2007), ainsi que la bande originale de Teza (“La rosée”, 2008), film du mythique cinéaste américain d’origine éthiopienne Haule Gerimana, cinq fois récompensé (notamment pour sa musique) aux Journées Cinématographiques de Carthage.

Malgré la grande diversité de ses modes d’expression, la vision artistique de Vijay Iyer demeure unique en son genre. La force de sa musique, toujours à la pointe de la modernité, est toujours fermement ancrée dans le groove, la pulsation, tout en restant très recherchée sur le plan rythmique et hautement interactive, à la fois fluide dans l’improvisation et savamment orchestrée, fascinante d’émotion mais aussi innovante en matière de textures, de style et de formes. Elle compte parmi ses nombreuses références ces géants du piano que sont Thelonious Monk, Duke Ellington, McCoy Tyner, Alice Coltrane, Andrew Hill ou Randy Weston, mais aussi les sonorités de compositeurs classiques tels que Steve Reich, Ligeti, Debussy et Bartok au même titre que le spectre des graves emprunté au rock, à la soul, au funk, au hip hop, au dub et à l’electronica. Mais on y retrouve aussi les polyphonies complexes des percussions africaines et bien sûr les influences vitales et hypnotiques de son héritage indien.
Toujours en tête de liste parmi les favoris de la critique, Iyer a été deux fois nommé Étoile montante n°1 (catégorie Musicien de Jazz et catégorie Compositeur) par les membres de la rédaction internationale du magazine Downbeat après avoir reçu le prix du Musicien de l’année (Catégorie Meilleur espoir) aux Annual Jazz Awards. En 2008, il a figuré en couverture de deux grands magazines de jazz, Downbeat (USA) et Jazzwise (GB). Parmi les nombreuses récompenses qui lui ont été décernées, retenons le prestigieux CalArts Alpert Award in the Arts (2003) et, en 2006, une chaire de Composition à la New York Foundation for the Arts.

En tant que compositeur-interprète-chef d’orchestre, Vijay Iyer s’est produit dans les lieux les plus prestigieux. Washington : Next Wave Festival (Brooklyn Academy of Music); Bibliothèque du Congrès, Smithsonian Institution, Kennedy Center; New York : Asia Society, Merkin Hall, Zankel Hall, The Kitchen, Lincoln Center Festival; Philadelphie : Painted Bride Art Center, Annenberg Center; University of Amherst (Massachusetts) : New World Theater; Portland : TBA Festival (Portland Institute of Contemporary Art); Los Angeles : Roy and Edna Disney CalArts Theater (REDCAT); UNC Chapel Hill : Memorial Hall; George Washington University : Lisner Auditorium; Ohio State University : Wexner Center; Minneapolis : The Walker Art Center; Buffalo : Albright Knox Gallery; Princeton University : McCarter Theater; Detroit : Max M. Fisher Music Center; U.C. Berkeley : Cal Performances; à quoi s’ajoutent maints festivals dans le monde entier (En France : Sons d’hiver, Banlieues Bleues, Nancy Jazz Pulsation, Europa Jazz, Jazz d’Or, Jazz sous les Pommiers…) . En tant que compositeur-interprète, Vijay Iyer s’est vu confier des commandes financées par le MAP Fund de la Rockefeller Foundation (2000, 2001, 2005), le New York State Council on the Arts (2002), la Creative Capital Foundation (2002), le Mary Flagler Cary Charitable Trust (2002, 2004), l’American Composers Forum (2005), Chamber Music America (2005), Meet The Composer (2006), et par le Jazz Institute of Chicago (2008).

Il s’est adjoint la complicité de toutes sortes d’artistes contemporains, parmi lesquels Steve Coleman, Roscoe Mitchell, Amiri Baraka, Wadada Leo Smith, Dead Prez, Amina Claudine Myers, Butch Morris, George Lewis, Miya Masaoka, Matana Roberts, Trichy Sankaran, Samir Chatterjee, Pamela Z, Imani Uzuri, Will Power, Suphala, Dafnis Prieto, Burnt Sugar, Karsh Kale, Shujaat Khan, DJ Spooky, John Zorn, Bill Morrison et bien d’autres.
Cet esprit universel dont l’œuvre touche aussi bien aux sciences qu’aux arts et aux humanités est titulaire dune licence de Mathématiques et de Physique obtenue à Yale, et dune maîtrise de Physique prolongée par un doctorat en Technologie des Arts délivré par la University of California de Berkeley. Il figure parmi les neuf “Intellectuels révolutionnaires” sélectionnés par le magazine scientifique Seed et ses recherches en sciences cognitives appliquées à la musique ont été citées dans deux émissions de radio spécialisées : This Week in Science et Studio 360. Membre du collège professoral de la New York University et de la New School University, il a également dirigé une série de master-classes et de cours magistraux (jazz, composition, improvisation, sciences cognitives, prestation scénique) entre autres au California Institute of the Arts, à Columbia, à Harvard, à la Manhattan School of Music et à la School for Improvisational Music. Il a publié dans Music Perception, Current Musicology, le Journal of Consciousness Studies, les Critical Studies in Improvisation, le Journal for the Society of American Music ainsi que dans trois recueils : Uptown Conversation : The New Jazz Studies (Columbia University Press), Sound Unbound (MIT Press) et Arcana (Hips Road). Vijay Iyer est soutenu par les pianos Steinway.

Traduit de l’anglais par Hélène Collon

Albums

Historicity

Label: ACT
Distribution en France: Harmonia Mundi
Date de sortie en France: 24 Septembre 2009

Avec Stephan Crump à la contrebasse et Marcus Gilmore à la batterie, ce groupe redéfinit radicalement la notion traditionnelle du piano trio. La force de sa musique est fermement ancrée dans le groove, fascinante d’émotion mais aussi innovante en matière de textures, de style et de formes.
Avec Historicity, Iyer s’empare en virtuose des thèmes qui le préoccupent depuis le début de sa carrière et les pousse dans leurs derniers retranchements. Parmi ceux‐ci – le maître mot restant les mathématiques – l’un consiste à travailler sur des sons imprégnés de codes, de symboles et d’éléments chiffrés. D’emblée, le premier morceau fourmille d’hallucinantes variations de rythmes et de tempos, de séquences modales et sérielles, et de toutes sortes de processus cryptés. Toutefois, chez Iyer, la démarche ne débouche pas sur une impression d’expérimentation à outrance. Le résultat, très écoutable d’un bout à l’autre, conserve toute sa puissance.

Vijay Iyer - Historicity