Editorial: Transitions
Le 31 Décembre 2007Jeter un œil sur 2007 doit être un bon moyen de commencer l’année. Elle a été plutôt excitante, et plutôt épuisante aussi. Avec les structures de l’industrie musicale en plein changement, il y a beaucoup de trous à combler pour les artistes – alors que la liberté des nouveaux médias les enthousiasme, le manque de professionnalisme dans le métier tel qu’il se présente maintenant, moins aventureux, moins structuré, et moindre sur tous les plans, ne les aide pas à trouver leur chemin, peut-être moins pour ce qui est de leur créativité proprement dite, mais surtout pour leur carrière. Bien qu’il soit excitant de pouvoir enregistrer presque partout et de mettre sa musique sur internet pour la consommation générale, cela doit également être frustrant pour une personne qui crée de ne pas trouver le producteur qui pourrait faire la différence sur les arrangements et le son, ou le directeur artistique qu’on pouvait jadis trouver dans une maison de disques, effectivement capable d’aider à se concentrer sur le développement du répertoire et des activités autour de la production ; cette personne dans le marketing qui était chargée et capable de prendre les décisions et de gérer les budgets et la façon d’apporter la musique aux gens, plutôt qu’un parachutage dans la jungle de myspace, au risque de n’être jamais découvert par le plus grand nombre. Tous les artistes ne sont pas de grands webmasters et designers, même à petite échelle. Tout le monde ne sait pas comment écrire des biographies, comment faire percevoir par les mots leur propre engagement artistique, etc. Aussi grand le talent musical soit-il, tout le monde ne sait pas comment se mettre en valeur dans la communication. C’est là que les professionnels manquent, et même si quelques-uns n’étaient pas aussi talentueux qu’ils ne le pensaient, il y a eu dans le passé de bons créatifs au niveau label pour aider les artistes à rassembler les personnes nécessaires pour créer de la bonne musique et faire les bons choix musicaux, des structures professionnelles pour prendre en main le marketing et la promotion, et aussi une distribution physique plus efficace sur le plan national et international, qui n’est pas du tout remplacée par les téléchargements sur internet, surtout au niveau financier.
Tout cela est en train de changer, et tout changement est rafraîchissant, nécessaire et inévitable. Même si entre-temps, il y a beaucoup d’expérimentation et d’incertitudes dans la communauté artistique et un grand besoin d’éthique et surtout, de soutien structurel. Les éditeurs expérimentés ne peuvent pas remplacer les maisons de disques et les managers mais ils peuvent aider, dans une certaine mesure. C’est ce que nous essayons de faire.
Parmi les grandes joies de 2007, nous avons pu observer et soutenir l’ascension créative et commerciale de Yaron Herman, jeune et assez extraordinaire pianiste israélien basé en France, avec la sortie de son album en trio A TIME FOR EVERYTHING ;
le succès du rappeur californien Pigeon John auprès de l’excellente équipe marketing de la chaîne “La Halle”, qui a choisi le titre WEIGHT OF THE WORLD pour sa campagne publicitaire et a invité le groupe à leur fête de Noël. La chanson est devenue une sorte d’hymne pour la société, et l’enthousiasme des 500 membres de l’équipe à la fête faisait plaisir à voir;
la signature de Toma Feterman et de son groupe La Caravane Passe et la sortie de leur album VELKOM PLECHTI ! fin 2007;
La signature du compositeur, pianiste et chanteur Sylvain Chauveau, très apprécié chez Métisse Music depuis des années;
Et sur le plan international, pour n’en citer que quelques-uns : les sorties de plusieurs grands du jazz actuel : Brad Mehldau et ses collaborations avec Pat Metheny, un magnifique album solo de Jacky Terrasson, un album très peu conventionnel sur Blue Note de Kenny Werner, dont le talent est encore grandement mésestimé, plusieurs projets de Dave Liebman, l’album live d’ E.S.T. ...
Et aussi la re-signature d’Harold Budd, qui aurait besoin d’un chapitre à lui seul mais dont on peut facilement explorer l’œuvre sur internet, pour les curieux.
Parmi les productions préparées en 2007 qui sortiront en 2008, trois nous ont déjà beaucoup préoccupées l’année dernière : le nouvel album en trio du pianiste Giovanni Mirabassi TERRA FURIOSA est une petite merveille, un enregistrement classique de jazz de ce brillant compositeur de thèmes et de chansons, habilement accompagné par le batteur Leon Parker, qui n’a pas besoin d’être présenté, et Gianluca Renzi à la contrebasse – un brillant musicien, lui aussi trop peu connu au niveau international. John Greaves, Gallois basé à Paris, a composé et produit durant ces deux dernières années VERLAINE, un recueil de poèmes du grand poète mis en musique. La production est une merveille, tout comme les compositions. Ces deux disques sortiront en France en février, respectivement sur Discograph et Zig Zag Territoires.
Le troisième est un petit chef-d’œuvre éclectique de Jun Miyake, qui partage son temps entre Tokyo et Paris. Jun, excellent trompettiste qui a étudié la musique à l’université américaine de Berklee, a une grande carrière de compositeur de musiques de film et de publicité au Japon et a tout au long de sa vie produit une musique qui reflète son éclectisme et son ouverture au monde en dehors du Japon, tout en gardant son approche très personnelle. Parmi les artistes invités qui ont été heureux de contribuer de leur voix, paroles et diverses compétences instrumentales à la production de STOLEN FROM STRANGERS figurent Arto Lindsay, Arthur H, Sanseverino, Lisa Papineau (tous pour la voix et les paroles), Peter Scherer (piano), Dhafer Youssef (oud), Remy Kolpa Kopoul de Radio Nova (texte et parlé) et Vinicius Cantuaria (guitare). Le nouveau label d’Enja Records (Allemagne) a signé cette production pour l’Europe et le label Drape s’occupera de la sortie au Japon, via Videoarts. Reste à trouver des partenaires pour le reste du monde.
Nous sommes fiers et heureux de gérer l’édition dans le monde entier pour ces trois projets.
Il y aura encore beaucoup de choses à dire et sur lesquelles travailler au fur et à mesure que l’année se déroule. Nos meilleurs vœux aux musiciens et aux professionnels de la musique pour l’année 2008, qui sera, nous semble-t-il, décisive dans la façon dont la musique est traitée et acceptée, à bien des niveaux.